Les incendies d'une ampleur exceptionnelle qui frappent les forêts françaises rappellent une réalité souvent éclipsée par les
débats idéologiques : l'eau est avant tout une question de santé et de sécurité. Lorsqu'il faut protéger des vies ou des
territoires, personne ne conteste la nécessité de disposer d'eau en quantité suffisante. L'utilité du stockage s'impose alors
comme une évidence. Cette même logique mérite pourtant de s'appliquer à la gestion de la ressource tout au long de l'année.
Chaque hiver, des volumes considérables d'eau excédentaire rejoignent la mer, tandis que les sécheresses estivales se
répètent. Stocker une faible partie de ces excédents pour les restituer lors des périodes de déficit relève davantage d'une
gestion raisonnée que d'une consommation supplémentaire. L'agriculture nourricière n'aurait besoin que d'une fraction de
ces volumes pour sécuriser ses productions, à l'image du jardinier qui remplit naturellement sa cuve lorsque la pluie est
abondante. Le débat public souffre cependant d'un manque d'approche scientifique. À défaut de se concentrer sur la question
du stockage, il oppose les usages, les cultures et parfois les agriculteurs entre eux, alors que le véritable enjeu consiste à
garantir une ressource disponible sans interruption pour l'ensemble des utilisateurs. Économiser l'eau est une nécessité. En
revanche, gérer l'eau ne peut se résumer à en interdire l'usage. Une politique durable consiste à mieux capter les excédents,
à éviter le gaspillage et à organiser le partage de la ressource dans le temps. Autrement dit, il ne s'agit pas de choisir entre
préserver l'eau ou l'utiliser, mais de créer les conditions permettant de faire les deux durablement.
