L’économie est souvent présentée comme une affaire de chiffres, de marchés et de fondamentaux. Les crises rappellent
pourtant une réalité plus simple : elle est aussi, et surtout, une affaire de géopolitique. La guerre en Ukraine, engagée
par Vladimir Poutine, a profondément modifié l’environnement économique européen. Hausse de l’énergie, inflation,
dépenses publiques et endettement ont progressivement affaibli les marges de manoeuvre des économies occidentales.
Au Moyen-Orient, les tensions entretenues sous l’impulsion de Donald Trump ajoutent désormais une nouvelle pression
sur les marchés énergétiques. La hausse du pétrole et du gaz alimente à nouveau l’inflation et renchérit les coûts de
production, de transport et, indirectement, des matières premières agricoles. Dans ce contexte, la rencontre en fin de
semaine entre les dirigeants des deux premières puissances économiques mondiales sera particulièrement observée.
Peu d’éléments permettent toutefois d’anticiper une action commune destinée à réduire le désordre actuel. Chacun
cherchera d’abord à conforter ses positions commerciales et ses intérêts stratégiques. L’Europe apparaît ainsi davantage
comme spectatrice que comme actrice. Elle subit les conséquences des choix des deux grandes puissances, sans
disposer des mêmes leviers pour peser sur leur stratégie. Cette situation pose surtout la question de la capacité de
l’Europe à reprendre la maîtrise de son destin économique. Dans un monde où la géopolitique détermine les flux
commerciaux, l’énergie et les marchés agricoles, la dépendance devient une vulnérabilité. Réduire nos dépendances
énergétiques, renforcer notre compétitivité industrielle et préserver notre capacité à produire notre alimentation ne relève
donc plus seulement d’une stratégie économique : c’est désormais une condition de notre souveraineté. À défaut,
l’Europe continuera de subir les décisions des autres, avec leurs conséquences économiques et sociales.
