La poursuite des conditions caniculaires devient dramatique pour certaines productions françaises. L’ensemble des cultures
d’été sont directement affectées, tandis que les éleveurs de ruminants doivent anticiper un important déficit fourrager. À défaut
de compensations, une revalorisation du lait et de la viande rouge serait nécessaire pour préserver leurs revenus,
malheureusement, les marchés envoient, pour l’instant, des signaux inverses. Cette crise climatique suscite aussi un certain
opportunisme. Les conseils adressés aux agriculteurs se multiplient, parfois pour utiliser la canicule comme démonstration
des limites du modèle productif et justifier une réduction volontaire des productions. Pourtant, nul besoin d’organiser la
décroissance cette année : elle s’imposera d’elle-même pour bien des productions. Les premières conséquences sont déjà
perceptibles pour les consommateurs, entre ruptures d’approvisionnement et hausse des prix. Car réduire la production
agricole n’est jamais neutre : lorsque l’offre nationale devient insuffisante, l’ajustement s’effectue par les prix, les importations
ou, cas extrême, le rationnement des produits. Les questions agricoles et alimentaires sont trop stratégiques pour devenir le
terrain d’expérimentation d’une idéologie de décroissance. Le cas des oeufs, dont la France est devenue déficitaire, rappelle
les limites à ne pas franchir. Adapter notre agriculture au changement climatique est une nécessité ; profiter de chaque crise
pour légitimer son recul productif relève d’une tout autre logique.
